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Quel Risk Manager pour les ETI ?

À l’occasion des 22èmes Rencontres de l’AMRAE, le magazine “Les Rencontres d’Option Finance” a réalisé un dossier “La gestion du risque : une problématique qui monte dans les entreprises”. La rédaction a notamment organisé une table ronde qui a réuni les différents acteurs du marché, Risk Manager, assureur, courtier, consultant et membre de l’AMRAE pour rappeler le rôle du Risk Manager et la place qu’il peut tenir dans une ETI (entreprise de taille intermédiaire). Retrouvez toutes les réponses de Loïc Le Dréau, Directeur souscription et clientèle pour l’Opération Europe du Sud de FM Global.

 

 

Avant de parler précisément des ETI, il est important de cerner la fonction de Risk Manager. Qui est-il ? Que fait-il ? À qui reporte-t-il dans l’entreprise ? Est-il possible d’établir une typologie des Risk Managers ? Enfin, avez-vous le sentiment qu’il y a une reconnaissance suffisante du Risk Manager dans l’entreprise ?

Concernant le profil du Risk Manager, une des tendances de fonds est qu’il reporte de plus en plus au directeur financier. Avant, le Risk Manager était plutôt rattaché à la direction juridique. Cela signifie que son rôle est de plus en plus stratégique au sein des organisa­tions puisqu’il est rattaché à la personne responsable des objectifs financiers de l’entreprise. C’est particulièrement vrai dans les ETI où le DG ou le DAF peuvent endosser le rôle de Risk Manager. Clai­rement, la fonction de management du risque est de plus en plus cruciale. Le Risk Manager n’est pas forcément expert dans tous les domaines mais il est le communicant, l’animateur. Il se doit d’être visionnaire et d’anticiper et de cerner dans quel environnement son entreprise évolue. Or celui-ci évolue très vite tandis que les risques sont de plus en plus variés. C’est pourquoi, les Risk Mana­gers doivent savoir développer une vraie vision. Pour notre part, nous voyons également le Risk Manager évoluer et monter dans l’entreprise. Nous commençons à le voir participer aux comités de direction. Mais l’une de ses grandes qualités est sa capacité à re­descendre la vision stratégique au niveau opérationnel, notamment pour la mise en place dans les usines des plans d’action qui ont été décidés. C’est une tâche assez compliquée, et les entreprises où le Risk Management fonctionne bien sont celles où le Risk Manager arrive à combiner ce travail de haut niveau à une efficacité opé­rationnelle. C’est important car il a besoin d’une légitimité partout dans l’entreprise, non seulement au niveau des comités de direction mais aussi au niveau des usines.

 

Sur les risques rencontrés principalement aujourd’hui dans les entreprises : voyez-vous une évolution depuis quelques années ? Et comment les Risk Managers s’adaptent-ils à ces évolutions ?

En réalité, il n’y a pas beaucoup de nouveaux risques mais la conjoncture actuelle, notamment économique, ag­grave les risques. Avec une chaîne d’approvisionnement de plus en plus tendue, moins de redondances et des marges plus réduites, le moindre in­cident peut se traduire par une perte de confiance des clients et des fournisseurs. Au final, cela peut entraîner très vite une perte de contrats et impacter le chiffre d’affaires. Dans ce contexte, l’inci­dent, même mineur, peut rapidement mettre en jeu la pérennité de l’entreprise. La globalisation de l’économie et l’externalisation font que les entreprises se développent là où il y a de la croissance (dans les BRICS notamment), et près des voies de communication (ports, estuaires) qui sont souvent des zones inondables ou des lieux où il y a des ouragans. L’activité se trouve concentrée dans des zones à risques. Plusieurs zones géographiques sont connues pour cela, comme la rivière de Shanghai. Et nous pouvons nous attendre à ce qu’un incident sérieux arrive un jour. Dans une étude que FM Global a réalisée auprès de 100 directeurs financiers de grands groupes mondiaux, 87 indiquaient que leur production passait par la Chine, et en grande majorité par la région de Shanghai. Aujourd’hui, près de 100 % de la production automobile a au moins un élément qui dépend de sites de production à Shanghai. On voit qu’il y a donc une concentration de risques qui peut avoir un impact lourd sur les entreprises. D’où l’intérêt de la prévention. Les entreprises qui ont mis en place des plans de prévention, qui ont su anticiper, sont beaucoup plus résilientes et pérennes. Dans certains cas, elles peuvent même en faire un avantage concurrentiel et gagner des parts de marché.

 

Par rapport aux ETI : quelles sont leurs spécificités en termes de risques ? Parviennent-elles, alors qu’elles ont moins de ressources que les grands comptes, à bien appréhender leurs risques ? Quel est le rôle de leurs donneurs d’ordres dans la prise de conscience ?

Pour les ETI, c’est l’environnement (politique et économique) dans lequel elles opèrent qui aggrave leurs risques car elles y sont plus sensibles. Par contre, la chaîne de décision est très courte et il y a une connaissance très forte de l’entreprise par le dirigeant qui est souvent le fondateur et qui a la volonté de péren­niser son activité. Une façon de faire du Risk Management sans le savoir en quelque sorte. Souvent, il arrive que ces dirigeants soient en avance sur les grands groupes car ils cherchent avant tout à protéger les biens et les actifs. Mais ils manquent de technicité et ils ont besoin de soutien, surtout quand ils vont à l’internatio­nal car c’est un environnement qu’ils connaissent mal. Monter un programme d’assurance international est beaucoup plus complexe qu’un programme local et demande des compétences particulières. Par ailleurs, ces ETI sont souvent très innovantes et la plupart du temps, leaders de leur marché. Il leur faut sécuriser leurs innova­tions et donc investir dans la protection des biens. Par exemple, quand il y a un nouveau bâtiment à construire, elles sont sou­cieuses de choisir un terrain hors zone inondable. Finalement, elles sont souvent sous-traitantes des grands groupes. Elles ne peuvent pas se permettre d’être défaillantes, ce qui les pousse à fiabiliser leur outil de production.

 

Les assureurs, les courtiers, les cabinets de conseils sont des éléments essentiels dans la politique de Risk Management des entreprises : quel est le rôle de chacun ? Comment accompagnent-ils les entreprises et particulièrement les ETI dans la mise en place de leur stratégie de RM ? Peuvent-ils se substituer au Risk Manager ?

En tant qu’assureur mutualiste, il y a trois axes sur lesquels nous travaillons particulièrement, pour tous les types d’entreprise. D’abord le conseil en Risk Management sur l’aspect dommage. Nous aidons l’entreprise à identifier et quantifier son exposition réelle aux risques, et ce en fonction du travail d’analyse de nos ingénieurs conseil et de nos souscrip­teurs qui comprennent les problématiques du client. Ils vont dé­velopper un programme d’assurance avec des couvertures de risque adap­tées au profil de risques de l’entreprise. Ensuite, c’est un soutien en ingénierie : il faut accompagner l’entreprise à la mise en place de plans de prévention et de protection pour mieux maî­triser les risques. Enfin, c’est de payer rapidement les sinistres. C’est particulièrement important pour les ETI qui ont des marges et des fonds moins importants que les grands groupes. Un seul sinistre peut faire disparaître l’entreprise et notre mission, c’est de l’aider à être plus résiliente. C’est d’avoir la capacité de ré­pondre à un sinistre le plus vite possible de façon à minimiser l’arrêt de la production.

 

Que peut-on dire du cyber-risque qui est un risque récent et, comme tout ce qui touche à l’immatériel, difficile à cerner ? Où en est-on aujourd’hui, tant du côté des Risk Managers que des prestataires ?

Chez FM Global, nous considérons les données client comme un bien matériel. Tout dommage aux données et ses conséquences en perte d’exploitation sont couverts par la police d’assurance standard, avec une capacité de plusieurs dizaines de millions d’euros. Par exemple, un virus qui endommagerait des données, entraînant un arrêt de production où le passage des commandes est assuré (lire La protection des données, un enjeu majeur pour les entreprises).

 

Propos recueillis par Florence Puybareau dans le cadre du supplément Option Finance n°1255 – Lundi 3 février 2014

FM Global est le spécialiste mondial de la prévention, la gestion et l'assurance des risques industriels. Un seul but: garantir aux entreprises la continuité de leurs activités partout dans le monde.

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