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« Nous avons tendance à surévaluer nos capacités »

Pourquoi avons-nous naturellement tendance à sous-estimer les risques ? Alors que les inondations de juin dernier pourraient coûter jusqu’à 1,4 md€1, comment expliquer que la formule « ça n’arrive qu’aux autres » fait encore florès ? Le point avec un expert de la psychologie du risque, le professeur Rémi Kouabenan.

 

psychologie du risque

Selon une étude FM Global2, seulement 20 % des responsables financiers d’entreprises évoluant dans des zones exposées aux catastrophes naturelles se déclarent concernés ou inquiets… comment expliquer ce décalage entre le risque et sa perception ?

En effet, ce mode de pensée perdure et ce pour au moins deux raisons. D’abord, nombre de personnes se disent qu’elles sauront faire face au problème, nous avons naturellement une tendance à surévaluer nos capacités. Ce phénomène a un nom en psychologie, l’illusion de contrôle. Un autre mode de pensée est partagé par le plus grand nombre, l’optimisme comparatif, c’est à dire notre tendance à croire que l’on est moins exposé au risque qu’autrui. Cela est particulièrement vrai en matière de sécurité routière : les études montrent en effet que chaque conducteur considère qu’il est plus compétent au volant que les autres !

La perception du risque varie t-elle en fonction des zones géographiques ?

Bien sûr. Qu’il s’agisse de risque de catastrophe naturelle, de risque industriel, de risques domestiques, elle varie en fonction de l’exposition. Ainsi, dans les pays qui subissent régulièrement des tremblements de terre, la population intègre ce risque, en développant une certaine forme de fatalisme ou une capacité de résilience. Il est certain que le vécu social forge notre perception du risque. De même, le vécu historique joue un rôle. En Europe par exemple, notre manière d’évaluer le risque médical a beaucoup évolué après les divers épisodes où le recours à certains médicaments a suscité critiques ou scandales. C’est également vrai pour l’amiante : considéré comme un matériau très utile il y a des décennies, il est aujourd’hui proscrit.

Dans ce contexte, une entreprise doit-elle tenir compte de la perception locale du risque avant de s’installer dans un pays ?

Oui, comme pour ce qui concerne le management et les ressources humaines, il est très important de tenir compte des us et coutumes et des spécificités culturelles. Toute entreprise devrait intégrer les croyances et valeurs culturelles de son personnel pour adapter son approche et optimiser ses actions de prévention.

Vous évoquez la prévention : comment développer la prise de conscience et les bonnes pratiques en évitant l’écueil de la paranoïa ?

Il n’y a bien sûr pas de recette miracle. Mais en psychologie, il est important de privilégier la persuasion, en tentant de convaincre sans contraindre. Les messages de prévention, évidemment essentiels, doivent être conçus de manière à activer la réflexion personnelle. Chaque personne doit comprendre l’utilité de la démarche et y adhérer. Une chose est sûre : répéter les actions de prévention fait avancer la prise de conscience.

 

Professeur de psychologie du travail et des organisations à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble et directeur du master Psychologie du travail, Rémi Kouabenan a piloté la rédaction de l’ouvrage ‘Psychologie du risque : identifier, évaluer, prévenir’ paru aux éditions de Boeck. Cet ouvrage de référence compile les différents travaux menés sur le sujet et livre de précieuses informations sur notre approche psychologique du risque.

(1) Estimation de l’Association française de l’assurance : http://www.argusdelassurance.com/acteurs/inondations-un-cout-estime-entre-900-millions-et-1-4-milliard-d-euros-pour-l-assurance-afa.108006 [↩]

(2) FM Global,” Flirting with natural disaster : why companies risk it all” http://docplayer.net/12432369-Flirting-with-natural-disasters-why-companies-risk-it-all.html [↩]

FM Global est le spécialiste mondial de la prévention, la gestion et l'assurance des risques industriels. Un seul but: garantir aux entreprises la continuité de leurs activités partout dans le monde.

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